Contribution of Gus Massiah to the debate on the future of the WSF

Thanks to Francine for her excellent, stimulating and inspiring text.[1] And thank you for launching the basic debate we need to renew the World Social Forum.

This text, whose reflections I broadly share, analyses without complaisance the situation of the WSF and emphasizes the limits of the functioning and the responsibilities of the forms of organization. It underlines the frustrations and limits of the process in its current state. It also highlights some past successes of the WSF. And it emphasizes the expectations that are still very high with regard to the WSF in the social and citizens’ movements.

I would like to enter the debate by addressing a complementary aspect, that of the evolution of the world political situation. While an uncompromising analysis of the weaknesses and limits of the orientation and organization is indispensable, the consequences of the evolution of the situation on the vitality of the process must also be taken into account. I would like to address a few ideas and proposals by suggesting that we collectively reflect on the history of the WSF in relation to the issues and questions raised by the current situation.


[1] [Added by Jai Sen 09.12.2020 :] See : Francine Mestrum, December 2020 – ‘Another World Social Forum is Possible’, at https://www.foranewwsf.org/2020/12/another-world-social-forum-is-possible/ (accessed js on 03.12.2020)

Dans un premier temps, le Forum Social Mondial a joué un rôle novateur et a contribué à une période de luttes et de mobilisations, dans le prolongement de Seattle en 1999 jusqu’à la crise financière de 2007-2008. Il sera intéressant de revenir sur cette période, des forums de Porto Alegre et Mumbai, pour réfléchir sur les avancées dont il serait encore utile de tenir compte aujourd’hui.  

Le Forum Social Mondial a bien abordé la crise de 2008, et le forum de Belém en 2009 a été excellent de ce point de vue. Il a vu la montée en puissance de nouveaux mouvements (les droits des femmes, la Via Campesina, les peuples autochtones), il a mis en avant les rapports entre l’espèce humaine et la Nature. Il a ébauché une démarche stratégique en soulignant la nécessaire résistance (propositions contre la financiarisation et la mondialisation néolibérale) et mis en avant la recherche d’alternatives et de ruptures en mettant en avant de nouvelles notions (les communs, le buen vivir, la propriété sociale, la démocratisation de la démocratie, …). Dans la période à venir, nous pourrons actualiser ces questions : les mouvements émergents ; l’écologie ; la démarche stratégique.

Ce forum de Belém avait été bien préparé par le forum polycentrique de 2006, à Bamako, Karachi et Caracas. Ce forum polycentrique avait mis en avant deux questions toujours actuelles : une organisation tricontinentale et l’ouverture, parfois difficile, du débat sur la nature du FSM avec l’Appel de Bamako. Parmi les questions posées, toujours d’actualité, rappelons l’interrogation sur les rapports entre les formes-mouvements et les formes-partis et celle des rapports entre les mouvements et les gouvernements et de la place des rapports aux Etats dans les stratégies.

A partir de 2011, le FSM est interpellé par rapport à l’évolution des mouvements avec les mouvements de 2011 dans le Maghreb et le Machrek, les indignés, les occupy, … Le FSM n’est plus l’espace reconnu où se retrouvent tous les mouvements en lutte contre le néolibéralisme. Il reste une référence et il maintient des liaisons. Les mouvements du Maghreb et du Machek sont très présents aux Forums de Tunis en 2013 et 2015.  Le débat avec le mouvement écologiste est entamé au Forum social européen de Malmo en 2008, à celui de Dakar en 2011 et à Tunis en 2013. Mais le mouvement écologiste, sans rompre avec les FSM va construire sa propre dynamique. Plusieurs essais avec les occupy, à Porto Alegre et Montréal) restent cordiaux mais non concluants. Le Forum de Salvador de Bahia a été marqué par la mobilisation afro-féministe qui renouvelle le mouvement des femmes et le mouvement contre le racisme.

Plusieurs leçons peuvent être proposées pour l’avenir des FSM. Les nouveaux mouvements n’ont pas rejeté les forums sociaux mondiaux mais ils ne s’y sont pas reconnus et ne les ont pas rejoints. Mon hypothèse, qui est à vérifier, est que le décrochage a été profondément culturel. Les mouvements qui se sont retrouvés dans les FSM partagent une culture qui fait référence au mouvement ouvrier et aux mouvements de libération nationale. Les nouveaux mouvements et les nouvelles générations ne rejettent pas cette culture mais ils ne se reconnaissent pas totalement dans ses présupposés et dans les modes d’action. Le débat a porté notamment sur les formes de représentation et de délégation. Certains mouvements peuvent faire le lien, le mouvement des femmes, les peuples autochtones, les mouvements antiracistes. C’est pourquoi l’intersectionnalité (classe, genre, origine) est à approfondir. L’alliance avec le mouvement écologique et l’urgence climatique est fondamentale. Le FSM doit être l’espace des nouveaux mouvements. C’est à Dakar aussi qu’a été actée l’évolution vers un processus FSM avec la montée en puissance et la multiplication des forums nationaux, régionaux et thématiques. Et même dans certains pays des tentatives non abouties de forums sociaux locaux.

A partir de 2013, le changement de période est brutal. A une période de montée des luttes succède une période de reprise en main par les classes dirigeantes du capitalisme mondial. Le néolibéralisme devient austéritaire et les répressions se durcissent. Les idéologies sécuritaires, identitaires et racistes se renforcent et s’imposent dans plusieurs pays avec des poussées fascisantes. Les gouvernements progressistes, notamment en Amérique Latine, ont été renversés ou se sont épuisés. Les forums sociaux mondiaux ont marqué le coup du changement de période. Les mobilisations ont continué mais les résistances sont devenues prédominantes. Les mouvements ont eu tendance à se recentrer sur leur espace national et les relations internationales entre les mouvements se sont affaiblies. L’absence d’un projet commun, issu et porté par les mouvements, s’est traduit par un repli au niveau de chaque pays, parfois au niveau des grandes régions. L’opposition Nord-Sud s’est complexifiée mais elle reste très présente comme on a pu le constater au Forum Social de Montréal.

La crise de la pandémie et du climat est venue renforcer cette tendance de reprise en main par des Etats autoritaires. Elle a bouleversé les situations et les équilibres ; elle interroge la solidarité internationale, l’internationalisme et l’altermondialisme. A une crise par définition mondiale, les réponses ont été surtout nationales et étatiques. Les institutions internationales ont été peu écoutées et ont été marginalisées. Les mouvements ont répondu par des actions de solidarité locale et par la résistance à leurs Etats. Les contradictions se sont accentuées. Les affrontements opposent dans beaucoup de pays des alliances sécuritaires, de droite populiste, aux mouvements qui revendiquent les libertés démocratiques, la défense des droits sociaux, l’urgence écologique.

Le débat devra permettre de tirer les leçons pour l’avenir des FSM. La crise de la pandémie et du climat prolonge les tendances de la période ouverte depuis 2015. Mais elle introduit beaucoup de discontinuités dont devront tenir compte les mouvements pour définir leur stratégie ; elle pèsera sur les évolutions possibles du FSM. Notamment : quelle sera l’évolution de la mondialisation et du néolibéralisme ; quelle sera l’évolution des politiques étatiques sécuritaires ; comment les institutions internationales réagiront-elles à leur marginalisation ; comment évoluera la bataille contre l’hégémonie culturelle du néolibéralisme à partir d’une prise de conscience de la nécessaire égalité pour l’accès aux droits fondamentaux. En résumé, quelles évolutions possibles des luttes de classes dans leurs différentes dimensions sociales, politiques, idéologiques, culturelles. C’est le débat principal de la période immédiate.

La surprise vient de la capacité de rebondir qui marque l’évolution des FSM. Je ne vais pas insister là-dessus puisque c’est le moment que nous vivons ensemble. Après un moment d’interrogations, de nombreuses initiatives ont été lancées pour reconstruire des réseaux internationaux de mouvements. Elles démontrent la résilience du mouvement altermondialiste et internationaliste. Tout en recherchant une ouverture internationale, les initiatives ont eu des assises plus fortes dans les grandes régions. La question a été posée de la place des Forums sociaux mondiaux (FSM) dans cette situation. Il y avait un accord sur la nécessité d’un profond renouvellement des FSM et même d’une nouvelle phase du mouvement altermondialiste. En rappelant que le mouvement altermondialiste ne se résume pas aux Forums sociaux mondiaux. Il faut féliciter les mouvements encore actifs dans le Conseil International du FSM qui ont décidé de poser la question de la situation du FSM et de son renouvellement. Et particulièrement les quelques personnes qui se sont investies dans le groupe de facilitation et les groupes finances et communication.

Les réunions ont démontré l’intérêt et la vitalité du FSM en tant que réseau international altermondialiste. Elles ont montré la volonté des mouvements de construire des réponses communes par rapport à la mondialisation capitaliste néolibérale aggravée par la crise pandémique et climatique. Elles ont permis de vérifier que le Forum Social Mondial reste une des références importantes du mouvement altermondialiste. A la demande de confirmation de leur participation au Conseil International, 77 associations ont répondu ou sont en train de le faire dont plus d’une trentaine d’importants réseaux internationaux ou continentaux. Le CI reste donc un des rares réseaux internationaux de mouvements et le Forum social mondial l’espace international des mouvements altermondialistes le plus large et le plus accepté.

On ne peut pas expliquer toutes les faiblesses et les limites du FSM par les problèmes d’organisation interne et l’insuffisance du débat politique ; on ne peut pas sous-estimer les changements et les conséquences de l’évolution mondiale et de ses ruptures. D’autant qu’aucun réseau international n’a réussi  à surmonter ces difficultés. Pour autant, les formes d’organisation sont essentielles pour tenir compte de l’évolution et faire évoluer le processus. Le débat porte sur comment analyser dans la nouvelle période ; quelles stratégies? quelles propositions ? quelles mobilisations ? quelles formes d’organisation ? Ce sera l’enjeu des prochaines échéances du Forum Social élargi de fin janvier 2021, d’une mobilisation contre Davos en mai 2021, du prochain Forum social mondial, probablement à Mexico, en 2022.

Some considerations for the debate on the renewal of the World Social Forum

gustave massiah

5-12-2020

Thanks to Francine for her excellent, stimulating and inspiring text.[1] And thank you for launching the basic debate we need to renew the World Social Forum.

This text, whose reflections I broadly share, analyses without complaisance the situation of the WSF and emphasizes the limits of the functioning and the responsibilities of the forms of organization. It underlines the frustrations and limits of the process in its current state. It also highlights some past successes of the WSF. And it emphasizes the expectations that are still very high with regard to the WSF in the social and citizens’ movements.

I would like to enter the debate by addressing a complementary aspect, that of the evolution of the world political situation. While an uncompromising analysis of the weaknesses and limits of the orientation and organization is indispensable, the consequences of the evolution of the situation on the vitality of the process must also be taken into account. I would like to address a few ideas and proposals by suggesting that we collectively reflect on the history of the WSF in relation to the issues and questions raised by the current situation.

The World Social Forum initially played an innovative role and contributed to a period of struggles and mobilizations, following Seattle in 1999 until the financial crisis of 2007-2008. It will be interesting to look back over this period, from the Porto Alegre and Mumbai forums, to reflect on the advances that it would still be useful to take into account today.  

The World Social Forum had dealt well with the crisis in 2008, and the forum in Belém in 2009 had been an excellent one from this point of view. It saw the rise of new movements (women’s rights, La Via Campesina, indigenous peoples), it highlighted the relationship between the human species and Nature. He outlined a strategic approach by underlining the necessary resistance (proposals against financialisation and neo-liberal globalisation) and highlighted the search for alternatives and ruptures by putting forward new notions (the commons, the buen vivir, social property, the democratisation of democracy, etc.). In the coming period, we may update these questions: emerging movements; ecology; strategic approach.

This Belem forum had been well prepared by the 2006 polycentric forum in Bamako, Karachi and Caracas. This forum had put forward two questions that are still relevant today: a tricontinental organisation and the opening, sometimes difficult, of the debate on the nature of the WSF with the Bamako Appeal. Among the questions raised, which are still pertinent today, let us recall the questioning of the relationship between the forms of movement and the party forms and that of the relationship between the movements and the governments and the place of the role of the relationship with the States in the strategies.

From 2011, the WSF is questioned in relation to the evolution of the movements with the movements of 2011 in the Maghreb and the Mashreq, the indignados, the occupy, … The WSF is no longer the recognised space where all the movements fighting against neoliberalism can be found. It remains a reference and maintains links. The movements of the Maghreb and Machek are very present at the Forums of Tunis in 2013 and 2015.  The debate with the ecologist movement is initiated at the European Social Forum in Malmo in 2008, in Dakar in 2011 and in Tunis in 2013. But the ecologist movement, without breaking away from the WSF, will build its own dynamic. Several attempts with the occupy, (in Porto Alegre and Montreal) remain cordial but not conclusive. The Salvador of Bahia Forum was marked by the Afro-feminist mobilization that renews the women’s movement and the movement against racism.

Several lessons can be proposed for the future of the WSF. The new movements

did not reject the World Social Forums but did not recognise themselves in them and did not join them. My hypothesis, which needs to be verified, is that the drop-out has been deeply cultural. The movements that found themselves in the WSF share a culture that refers to the labour movement and the national liberation movements. The new movements and the new generations do not reject this culture, but they do not fully recognize it in its presuppositions and modes of action. The debate focused in particular on the forms of representation and delegation. Some movements can make the link, the women’s movement, indigenous peoples, anti-racist movements. This is why intersectionality (class, gender, origin) needs to be explored in greater depth. The alliance with the ecological movement and the climate urgency is fundamental. The WSF must be the space for new movements. It was also in Dakar that the evolution towards a WSF process was recorded with the rise in power and the multiplication of national, regional and thematic forums. And even in some countries there have been unsuccessful attempts at local social forums.

From 2013 onwards, the change of period is dramatic. A period of rising struggles is followed by a period of recovery by the ruling classes of world capitalism. Neo-liberalism becomes austeritarian and the repressions harden. Securitarian, identitarian and racist ideologies strengthen and impose themselves in several countries with fascist outbreaks. Progressive governments, especially in Latin America, have been overthrown or have exhausted themselves. The World Social Forums marked the coup of the change of period. Mobilisations continued but resistance became predominant. Movements tended to refocus on their national space and international relations between movements weakened. The absence of a common project that emerged and was carried by the movements resulted in a withdrawal at the level of each country, sometimes at the level of large regions. The North-South opposition has become more complex, but it remains very present, as we saw at the Montreal Social Forum.

The pandemic and climate crisis has reinforced this trend of authoritarian states taking control. It has upset situations and balances; it calls into question international solidarity, internationalism and alter-globalism. To a crisis that is by definition global, the responses have been mainly national and state-based. International institutions have been little listened to and have been marginalised. Movements have responded with local solidarity actions and resistance to their states. The contradictions have become more pronounced. In many countries, the confrontations oppose right-wing populist securitarian alliances to movements demanding democratic freedoms, the defence of social rights and ecological emergencies.

The debate will allow lessons to be drawn for the future of the WSF. The pandemic and climate crisis extends the trends of the period since 2015. But it introduces many new discontinuities that the movements will have to take into account when defining their strategy; it will have an impact on the possible evolution of the WSF. In particular, what will be the evolution of globalisation and neo-liberalism; what will be the evolution of state security policies; how will international institutions react to their marginalisation; how will the battle against the cultural hegemony of neo-liberalism evolve from an awareness of the need for the equal access to fundamental rights. In short, what possible evolutions of class struggles in their different social, political, ecological, ideological and cultural dimensions will take place. This is the main debate of the immediate period.

The good surprise comes from the capacity to recover which marks the evolution of the WSF. I’m not going to insist on this since this is the moment we are living together. After a moment of questioning, many initiatives have been launched to rebuild international networks of movements. They demonstrate the resilience of the alterglobalist and internationalist movement. While seeking an international opening, the initiatives have had stronger bases in the major regions. The question has been raised as to the place of the World Social Forums (WSF) in this situation. There was agreement on the need for a profound renewal of the WSFs and even a new phase of the alterglobalist movement. It was pointed out that the alterglobalist movement is not just about the World Social Forums. The movements still active in the WSF International Council are to be complimented on their decision to raise the question of the situation of the WSF and its renewal. Especially the few people who have been involved in the facilitation group and the finance and communication groups.

The meetings demonstrated the interest and vitality of the WSF as an international alterglobalist network. They showed the determination of the movements to build common responses to the neo-liberal capitalist globalisation aggravated by the pandemic and climate crisis. They made it possible to verify that the World Social Forum remains one of the important references of the alterglobalist movement. At the request of confirmation of their participation in the International Council, 77 associations have done so or are in the process of doing so, including more than thirty important international or continental networks. The IC thus remains one of the rare international networks of movements and the World Social Forum the largest and most accepted international space for alterglobalist movements.

Not all the weaknesses and limitations of the WSF can be explained by internal organisational problems and the inadequacy of the political debate; the changes and consequences of global change and its ruptures cannot be underestimated. All the more so as no international network has been successful. However, the forms of organisation are essential to take account of the evolution and to make the process evolve. The debate is about how to analyse the new period, what strategies, what proposals, what mobilisations, what forms of organisation. This will be the challenge for the next World Social Forum at the end of January 2021, for a mobilisation against Davos in May 2021, for the next World Social Forum, probably in Mexico City in 2022.


[1] [Added by Jai Sen 09.12.2020 :] See : Francine Mestrum, December 2020 – ‘Another World Social Forum is Possible’, at https://www.foranewwsf.org/2020/12/another-world-social-forum-is-possible/ (accessed js on 03.12.2020)

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